Il y a des célébrités dont on se passerait bien. ELF ou TOTAL en gros titre en première page, c'est rarement pour la gloire. Alors pourquoi en rajouter ?
C'est qu'au-delà d'un certain stade, le silence devient louche. Pour de plus en plus de gens, nos logos ont pris une signification qui est bien éloignée de la recherche pétrolière. Nous ne pouvons plus l'ignorer, d'autant que le personnel, bien loin d'être même vaguement complice, est en fait en tête des victimes. On trouvera ci-dessous pour la plupart de ces " affaires " (celles qu'on connaît…) par ordre alphabétique, un rappel des faits, et notre opinion.

 

 

Affaires africaines

 

Les faits : ce titre est celui d'un livre du journaliste Pierre Péan (Éditions Fayard), qui dénonce la collusion de ELF avec certains potentats africains. Dans plusieurs pays du Golfe de Guinée, anciennes colonies françaises, ELF occupe une place prépondérante au plan politique du fait du poids historique de la France, certes, mais surtout de la manne financière distribuée. On ne peut résumer en quelques lignes un pavé de 300 pages : le mieux est de le lire. (Monsieur Fayard nous fera parvenir le pourcentage habituel…)
Notre commentaire : ELF a été créé pour constituer une compagnie nationale française, c'est entendu. Mais " on " s'est bien vite aperçu qu'il s'agissait surtout, vu les sommes maniées, d'une pompe à phynances (comme disait Alfred) de toute première grandeur. De mauvais esprits assurent que les partis au pouvoir auraient eu tendance à s'attribuer une part de cette manne. La période évoquée par Pierre Péan correspond à ce que nous appellerons la première période (ou Haut-Empire). Les sommes en jeu ont récemment été évoquées publiquement : elles seraient de l'ordre de 10 cents/baril.
Cette valse des valises de billets ressort du secret de polichinelle dans le petit monde des expatriés. Reste que ce sont eux qui paient les premiers les pots cassés : lors des " événements " de Port-Gentil de 1992 , les insurgés s'en étaient pris à eux, et c'est un lampiste qu'ils ont fait défiler, en slip, en tête du cortège… Les expatriés et leurs familles paient un lourd tribut dans les pays " difficiles ". Certains de nos collègues ont été assassinés froidement à de pseudo-barrages de police, d'autres ont perdu leur épouse ou un enfant, d'autres sont " simplement " morts accidentellement ou rentrent paludéens. Presque tous ont des histoires d'agression ou de menaces, au minimum, à raconter. L'argent des " affaires " ne va pas dans la poche des salariés : il en sort ! !

 

Avions renifleurs

 

Les faits : en 1976, deux escrocs parviennent à prendre pied chez ELF au plus haut niveau. L'argument : ils auraient réussi à " apprivoiser les neutrons " pour leur faire découvrir des gisements pétroliers. Ca paraît grossier, mais ça marche : pour le haut management de l'époque, l'enjeu est énorme. Si c'était vrai, ELF aurait sur ses concurrents un avantage décisif, susceptible de propulser la Société au meilleur rang mondial. Habiles, les escrocs ont en main (comment ?) des documents qui permettent d'amorcer le poisson. Ils reniflent avec suffisamment de vraisemblance le gisement de Lacq, notamment. Plusieurs forages sont alors implantés sur leurs indications, avec bien entendu un résultat nul. La suspicion s'installe, en 1979, les filous sont démasqués. Le coût aurait été de l'ordre de 800 MF (de l'époque) pour ELF, qui ne se plaint ni ne récupère cette broutille. C'est la Cour des Comptes qui mettra l'affaire au jour dans son rapport de 1985.
Notre commentaire : à aucun moment les chercheurs du Groupe n'ont été associés au projet : confidentialité oblige. Chez ELF, à moins d'être XMine, on est suspect…. Un jeune embauché dans le projet fait rapidement un clash en criant au loup : viré ! Le chef de projet (XMine), prend du galon : il faut bien le consoler de son échec… Lors des sondages tests, les géologues ont bien entendu tiré la sonnette d'alarme, pointé l'invraisemblance des prospects ; on les a fait taire en parlant de sondages " politiques ". L'affaire des avions renifleurs témoigne surtout du peu de confiance accordée par le management d'ELF à son personnel. Elle indique aussi qu'on peut sortir de Polytechnique et être une andouille.
Restent quand même quelques questions : comment les escrocs ont-ils été si bien renseignés ? Pourquoi s'en sont-ils sortis sans dommage ? Et où est passé l'argent ? Par coïncidence, sûrement, la période politique où se développe l'affaire est celle d'un changement du parti au pouvoir en France, ce qui est toujours l'occasion de frais supplémentaires pour les nouveaux arrivants. Nous n'en croyons rien, bien entendu, mais certains auraient entendu dire que des dons généreux auraient transité par l'Opus Dei (une organisation de charité chrétienne bien injustement décriée) vers les nouveaux heureux élus….

 

Basics

 

Les faits : associé dans un pays improbable à une compagnie appartenant à un requin, ELF croit pouvoir éluder les clauses drastiques du contrat d'association, en négociant, comme il est de règle entre gens de bonne compagnie. Le requin refuse, traîne ELF devant les tribunaux, et obtient des dédommagements démesurés (de l'ordre d'un milliard six cents millions de francs, cette fois - ça fait rien, on en a encore…).
Notre commentaire : Nous avions alerté le management en son temps des dangers dudit contrat, et de la taille de la cuillère qui permettait de manger à la table du diable. Quelques mots méprisants nous avaient renvoyés à nos chères études. La note a été bien plus chère encore…
…mais parmi les questions évoquées, restent par exemple celle de la candeur attribuée aux juristes d'ELF, l'acceptation inconsidérée de la compétence d'une juridiction locale, et l'efficacité extraordinaire et soudaine du gouvernement français pour autoriser la sortie des fonds. Les esprits chagrins auront noté que l'affaire coïncide à nouveau accidentellement avec un changement de majorité politique en France, et donc l'arrivée à table de nouveaux convives. Les pervers auront aussi remarqué le début de l'ascension d'un jeune homme méritant dans la hiérarchie d'ELF, à l'occasion de cette affaire. Ses mérites sont encore reconnus aujourd'hui, lui valent un haut niveau, des stock-options, et c'est bien normal.

 

Birmanie

 

Les faits : il existe un pays (des pays en fait…), dirigé par des brutes épaisses et galonnées qui piétinent les droits les plus élémentaires de la population. TOTAL qui explore traditionnellement en Birmanie (c'est là…) est accusé de financer directement la junte militaire qui emprisonne entre autres (ou retient, ça dépend des jours) le prix Nobel de la Paix élu démocratiquement par son peuple.
Notre commentaire : le pétrole fait mauvais ménage avec la démocratie. C'est une solide tradition pétrolière qui permet de s'entendre infiniment mieux avec un dictateur qui s'en met plein les poches, mais qu'on peut " tenir " qu'avec un gouvernement démocratique qui risque de chercher à gérer intelligemment les richesses de son pays. Aucun pays vivant essentiellement du pétrole n'est actuellement une vraie démocratie, à l'exception de la Norvège (voire du Vénézuéla, mais c'est tout récent).
La CGT d'ELF a toujours défendu, en le payant parfois cher, le principe de rapports équilibrés avec les pays producteurs. La morale n'est pas seule en cause ici. Les problèmes sociaux des pays producteurs nous reviennent de toutes façons directement par le biais de la mondialisation, d'une part. Et sur le long terme, l'intérêt même de la compagnie n'est pas le soutien à des dictateurs pourris, c'est du simple réalisme.

 

ERIKA

 

Les faits : en décembre 1999, un pétrolier affrété par TOTALFINA coule au large du Finistère sud (France… Ah si seulement ç'avait été au Mozambique !). Le pétrole viendra polluer les côtes au printemps. TOTALFINA tente maladroitement de dégager sa responsabilité en la rejetant sur l'armateur.
Notre commentaire : : il est particulièrement intéressant ici de noter le décalage entre la vision juridique de la Compagnie, et la vision industrielle de l'opinion publique. Pour la Compagnie, TOTALFINA est victime, comme le serait un voyageur lors d'un accident de train ou d'avion. L'opinion distingue lucidement derrière ce discours la perversion de la sous-traitance : le transport pétrolier est une activité intrinsèquement pétrolière, industrielle, le fait que la Compagnie s'en décharge sur un sous traitant ne saurait dégager sa responsabilité. D'autant que le motif est éclatant : c'est moins cher ! Et pourquoi, s'il vous plaît ? Parce que des bateaux immatriculés en France, entretenus correctement, avec des équipages syndiqués… OUH ! ! SYNDIQUES ? Vous n'y pensez pas Madame ! J'ai des Philippins bien moins chers, ils ne servent qu'une fois, commandés par des Coréens, c'est des boat-people, ils sont expérimentés… quelle rouille ? avec une bonne couche de peinture, c'est comme neuf…
Sachez que la sous-traitance est systématique dans notre industrie. Quoi de plus pétrolier qu'un forage ? Et quoi de moins TOTALFINAELF qu'un foreur ? La reconnaissance sismique avant les forages ? Sous-traitée ! Le forage ? aussi ! Les études ? on en parle de plus en plus, et on le fait aussi de plus en plus. Les restaurants d'entreprise, l'entretien des espaces verts, le gardiennage : sous-traités, bien entendu ! Le menuisier qu'on voit à temps complet dans nos locaux, les électriciens, les informaticiens qui interviennent en cas de panne ? Tous des sous-traitants ! ! Et toujours pour cette seule simple raison : on peut leur mettre la pression, les payer moins cher, et leur faire porter le chapeau en cas de pépin… euh enfin en général, hein, évidemment, ça ne marche pas à tous les coups…

 

Le Floch-Prigent

 

Les faits : Loïk Le Floch-Prigent, PDG d'ELF de 1988 à 1993, est accusé d'avoir détourné de l'argent de la société à son profit personnel (… et de sa femme qu'est plus sa femme, et de son tailleur qui est devenu riche, c'est compliqué, et en plus l'affaire n'est pas jugée). De fil en aiguille, les médiatiques magistrats qui démêlent l'affaire ont mouillé successivement plusieurs hauts dirigeants de la Société (des XMines, on vous dit !), puis une " amie " d'un ministre, puis le ministre…. puis un parti politique essentiel d'un pays voisin et ami (LEUNA ci-dessous)… voire Tonton en personne … Des comptes en Suisse… Une louche de confidentiel-défense… Vous n'avez rien touché vous ?

 

Notre commentaire : : Loïk Le Floch-Prigent a précédé Philippe Jaffré à la tête du Groupe, et celui-ci l'a poursuivi d'une rancune tenace. Il est possible que le premier se soit rempli les poches illégalement, il est certain que le second l'a fait bien plus encore, mais avec l'habileté (et la possibilité) de le faire légalement. Dans un cas comme dans l'autre, les richesses détournées ont été créées par les hommes et les femmes qui travaillent dans cette entreprise. RENDEZ-NOUS NOS SOUS ! ! !

 

LEUNA

 

Les faits : On privatise à l'Est (de l'Allemagne). La Treuhand propose une superbe raffinerie pas chère du tout, Madame, avec un réseau de stations qui peut encore servir, après un p'tit coup de peinture, bien entendu. ELF achète, cash, une petite fortune, cet amas de tuyaux et de tôles rouillées. L'argent par divers circuits serait venu alimenter le parti au pouvoir en Allemagne, avec la bénédiction (voire l'appui insistant) du pouvoir français.
Notre commentaire : ça sort comme un des volets de l'affaire Le Floch' (voir plus haut). C'est juste une des minables escroqueries inventées pour alimenter les caisses des partis politiques. La seule question est de savoir quelle a été le degré de collaboration de l'escroqué… Une fois encore, les salariés travaillent pour des prunes, et les citoyens sont floués. Nos amis Est-allemands font une triste expérience de la démocratie… Après Jaruzelsky, Stavisky ?

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